Les différentes facettes de la paresse (1re partie)


Par Abou Productif

Lorsqu’on pense à la fainéantise, on a tendance à penser à la paresse qui nous touche personnellement ; ce sentiment de « flemme » ou  d’envie de ne rien faire alors que nous devrions nous atteler à la tâche.

Cependant, la paresse a plusieurs facettes et revêt plusieurs masques. Le but premier de cet article est de les découvrir et d’en prendre conscience InchaAllah.

 Définition de la paresse

Avant  que nous dévoilions les multiples facettes de la paresse, commençons par définir le terme.

Selon l’Imam Al-Ragheb, la paresse est « un manque d’énergie et d’enthousiasme face à une chose que l’on doit faire alors que l’on ne devrait pas manquer d’énergie ou d’enthousiasme ». Par exemple, on ne devrait  pas manquer d’énergie ou d’enthousiasme lorsqu’il s’agit d’accomplir  nos prières, d’aller au travail, ou d’étudier mais si c’est le cas, alors c’est de la fainéantise.

La paresse dans le Coran et la Sounna

Le terme « paresse » ou « kasal » en Arabe n’apparaît que deux fois dans le Coran pour décrire l’attitude des hypocrites quant à la  prière.

« Les hypocrites croient pouvoir tromper Dieu, mais Dieu fait toujours retourner leurs stratagèmes contre eux-mêmes. C’est ainsi que, quand ils s’apprêtent à faire la salât, ils la font avec paresse et ostensiblement, et n’invoquent Dieu que très rarement. » [Sourate des Femmes (An-Nisâ’), 4 : 142]

« Ce qui empêche leurs aumônes d’être agréées, c’est qu’ils ne croient pas en Dieu et en Son Prophète ; c’est qu’ils ne se rendent qu’avec nonchalance à la salât et ne font l’aumône qu’à contrecœur. » [Sourate du Repentir (At-Tawba), 9 : 54]

En ce qui concerne la Sounna de notre bien aimé Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), la paresse est aussi mentionnée dans le Hadith suivant :

« Lorsque chacun d’entre vous s’endort, Satan attache trois nœuds sur sa nuque. Sur chacun de ses nœuds, il dit « la nuit est encore longue, rendors toi! ». Lorsque la personne se réveille invoque Allah alors un nœud se défait. Si elle accomplit les ablutions (woudhou) un autre nœud se défait. Si elle prie, un autre nœud se défait. Ainsi, elle se réveille dynamique et enthousiaste, sinon elle se réveille de mauvaise humeur, et paresseuse
[Rapporté par Boukhari, livre 21, hadith 243]

Si l’on analyse les références citées précédemment, on remarque que la paresse est attachée à la prière parce qu’il  s’agit de l’obligation quotidienne la plus difficile à accomplir pour un musulman, puisqu’elle doit être  répétée 5 fois par jour, sans faute !

Il est intéressant de noter que quiconque est paresseux dans sa prière sera paresseux pour tout autre acte d’adoration; et quiconque n’est PAS paresseux dans sa prière, ne le sera pas non plus  dans les autres aspects de sa vie.

Il est évident que, d’après le hadith cité plus haut, la paresse n’est pas à prendre à la légère et doit être soignée. En effet, notre bien aimé Prophète (que la paix soit sur lui), cherchait protection auprès d’Allah (Soubhanahou Wa Ta’ala), contre la paresse  en faisant  quotidiennement l’invocation suivante :

 « Ô Seigneur ! Je me réfugie auprès de Toi contre les soucis et la tristesse, contre l’incapacité et la paresse, contre l’avarice et la lâcheté, contre le poids des dettes et la domination des hommes. »

Dans cet article, nous verrons les différentes manifestations de la paresse dans nos vies, puis dans un prochain article, nous étudierons comment traiter ce problème inshaAllah.

 1.     La paresse au sein de la communauté

La communauté est composée d’individus, si ces derniers sont paresseux, la communauté dans son ensemble devient paresseuse. Les signes d’une communauté paresseuse sont principalement sa faible implication dans la résolution de ses propres problèmes, sa dépendance à l’État pour trouver des solutions, une faible cohésion entre ses membres, une hausse des conflits et des crimes, ainsi que la pauvreté et le chômage.

De plus, les membres d’une communauté paresseuse sabstiennent de condamner le blâmable et n’encouragent pas à faire le bien ; ce qui engendre des conséquences préjudiciables.

Le Prophète Mohammed (que la paix soit sur lui) a dit :

 « Le cas de celui qui respecte les limites prescrites par Allah, comparé à celui qui les transgresse, ressemble à ces gens qui tirent au sort pour se réserver des places à bord d’un bateau ; certains obtiennent le pont supérieur et d’autres vont à l’entrepont. Lorsque ces derniers ont besoin d’eau, ils doivent nécessairement passer par le pont supérieur. Afin de ne pas déranger ceux du pont supérieur ils suggèrent de creuser un trou dans leur partie du bateau. Et si ceux du pont supérieur les laissent faire, tout le monde fera naufrage ; au cas contraire tout le monde sera sain et sauf. » [Boukhari, livre 44, hadith 673]

 2.     La paresse dans l’acquisition du savoir 

Il s’agit, ici, de faire preuve de paresse pour apprendre, accroître notre savoir et notre développement personnel. Durant l’âge d’or de la civilisation Islamique, nous, Musulmans, étions pionniers dans toutes les sciences, mais lorsque nous nous sommes reposés sur nos acquis et que nous avons succombé au confort de ce monde, d’autres se sont emparés de la torche du savoir et ont poursuivi le voyage vers l’innovation, menant à des résultats impressionnants. Il est honteux que la communauté de « Iqraa » (lis) ait cessé de lire. C’est embarrassant pour notre Oumma (communauté) quand on sait que les rois d’antan envoyaient leurs enfants dans les villes musulmanes pour acquérir la science et qu’aujourd’hui la tendance s’est inversée.

 3.     La paresse au sein du foyer familial 

La famille est le noyau de la communauté, par conséquent si la famille est unie et stable il en sera de même pour la Oumma. Mais si le socle familial est instable, dans ce cas la communauté est en danger. Si la famille est enclin à la paresse, l’éducation des enfants en pâtira ;  les parents ne remplieront pas leur rôle de manière absolue ce qui se répercutera sur leurs enfants, lesquels ne rempliront pas leurs devoirs envers leurs parents. Et si chaque membre de la famille n’a pas la force et le souhait de combattre la paresse et de se mettre en quatre pour leur famille, les liens familiaux se fragilisent, ou pire encore, le foyer musulman éclate.

Parfois, il semblerait que nous ayons oublié le hadith dans lequel notre bien aimé Prophète (que la paix soit sur lui) dit :

 « Chacun de vous est un berger et chacun de vous est responsable de son troupeau. Ainsi, l’Imam est un berger responsable de son troupeau, l’homme est un berger dans sa famille, responsable de son troupeau, la femme dans le foyer de son époux est une bergère, responsable de son troupeau, le serviteur est un gardien des biens de son maître, responsable de ce qu’il garde, Chacun de vous est un berger et chacun de vous est responsable de son troupeau. » [Boukhari, livre 46, hadith 730]

 4.     La paresse physique

Il s’agit, ici, de la forme la plus commune de la paresse, du moins celle à laquelle tout le monde pense spontanément quand ce mot est évoqué.

En effet cette forme de paresse s’exprime par un manque d’activité physique. Malheureusement une telle paresse a un prix : la santé ; et la facture peut être salée !  La plupart des médecins affirment qu’une grande partie des maladies du XXIe siècle sont principalement dues à notre mode de vie sédentaire.

 5.     La paresse sur le plan financier

Il s’agit de faire preuve de paresse dans la recherche de moyens de subsistance. La plupart des gens, de nos jours, souhaitent simplement un job stable qui leur garantisse un salaire régulier, rien de plus ! Nous avons oublié que le commerce produit 9/10e de la subsistance, conformément au hadith ci-dessous. Nous avons donc arrêté de créer nos propres entreprises, d’ouvrir nos commerces et de nous lancer dans l’entrepreneuriat.

Nu’aym Ibn Abd Al-Rahman rapporte que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit :

« Les Neuf-dixième de la subsistance (rizq) proviennent du commerce ».

Nos prophètes étaient des modèles dans le domaine. Ils avaient tous leur commerce. Le Prophète Noé (Nuh) (paix sur lui) était charpentier, le Prophète Idriss (paix sur lui) était tailleur, le Prophète Mohammed (paix et bénédictions d’Allah sur lui) était berger puis il devint commerçant. Ils gagnaient leur vie à la sueur de leur front et n’étaient aucunement dépendant des aides de l’État, ou des indemnités chômage.

Abou Hourayra rapporte que le prophète Mohammed (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit :

« Que l’un d’entre vous prenne ses cordes puis s’en aille en montagne afin de rapporter des fagots de bois sur son dos pour le vendre est meilleur pour lui qu’il ne mendie auprès des gens ; qu’ils lui donnent ou refusent de lui donner ».
[Boukhari, livre 24, hadith 549]

Tel est l’état d’esprit du Musulman ! Il ne se laisse pas abattre par le chômage mais continue d’avancer et de se démener dans la vie pour s’assurer une indépendance financière. Une autre forme de paresse sur le plan financier, est le fait de rechigner à dépenser une partie de l’argent en aumône. Il existe énormément d’associations et d’organisations que l’on pourrait aider, tant de nécessiteux autour de nous à qui on ne donne que très peu; on se fait des promesses que l’on ne tient que très rarement.

 6.     La paresse au travail

Cette forme de paresse nuit à de nombreuses entreprises. Les employés sont fainéants dans l’accomplissement de leurs devoirs ; ce qui cause du tort aux fournisseurs, investisseurs, clients, et tous ceux concernés. La paresse fait que l’on perd du temps, bâcle une tâche, arrive en retard, on essaie de tromper le système, ou alors on accepte les pots-de-vin pour accélérer certaines activités au dépend d’autres.

La paresse au travail empêche de travailler dur, de se battre pour obtenir une promotion ou pour diriger certaines fonctions. Cette paresse apparaît même après qu’une personne ait pris sa retraite ; elle s’installe dans un style de vie sédentaire, profitant de sa pension en attendant la mort.

 7.     La paresse dans la religion

Dans cette partie, nous parlerons de la paresse dans l’accomplissement des actes d’adorations tels que prier, jeûner  réciter le Coran. . En effet c’est LA source de toutes les paresses. Ceux qui sont paresseux dans les actes d’adoration, Allah (Soubhanahou Wa Ta’ala) les rendra paresseux dans tous les aspects de leurs vies. Il s’agit des gens qui prient aussi vite que possible (voire pas du tout !), ou qui récitent très peu le Coran et n’invoquent Allah (Soubhanahou Wa Ta’ala) que très rarement. Ils sont les derniers à entrer à la mosquée, et les premiers à en sortir sans nullement chercher à améliorer leur spiritualité ni à se rapprocher d’Allah (Soubhanahou Wa Ta’ala). La prière nocturne ne figure même pas dans leur liste de souhaits et ils ne jeûnent que pendant le mois sacré de Ramadan.

La paresse revêt d’autres formes, mais je tenais à ne mentionner que les plus importantes pour l’instant.

La paresse est vraiment une maladie qui détruit l’ambition, la détermination, et la Oumma en général. C’est en effet, la source de toutes nos faiblesses et de nos échecs. Il est temps de faire de réels efforts pour combattre la paresse. Dans mon prochain article nous verrons comment traiter cette maladie, InchaAllah.

 

 

 

12 Responses to Les différentes facettes de la paresse (1re partie)

  1. Mariama dit :

    As salam alaikoum
    Barak Allah fikoum
    Je faisais des recherches sur cette thématique, cela va beaucoup m’aider

    Qu’Allah vous récompense pour tout ce que vous faites

    wa salam

  2. assalam alaykoum wa rahmatullah, barakallahou fikoum pour cet article qui arrive au bon moment ( le dimanche), on attend la suite in cha Allah, qu’Allah vous récompense et vous facilite

  3. Moha Reda dit :

    Salamoualykoum wa Rahmatoullah wa barakatouhu, Très bel article mashallah !
    Vivement la suite inchallah

  4. As salam aleykoum
    Barak Allahou fik pour cet article…. c’est vrai que la paresse nous nuit beaucoup… vivement le prochain article afin que l’on puisse corriger tout ça 🙂

  5. Oum Jounayd dit :

    As salam aleikoum wa rahmatoullah,
    Article intéressant mais, le hadith suivant : « Les Neuf-dixième de la subsistance (rizq) proviennent du commerce » est faible selon Shaykh Al Albani.Références : As-Silsilah Ad-Da’ifah N° 3402, et Da’if Al Jami’ N°2434

  6. Abu 'Umar dit :

    Excellent, excellent BarakAllahu fik. Juste par paresse, j’ai remis à plus de trois fois la lecture de ce joyau à plus tard! Vivement la suite!!!

  7. Magnifique!
    Très beau rappel. Je partage de suite!

  8. sounna dit :

    le jeun detruit la paresse

  9. Cécile dit :

    As salamou3aleykoum !
    Merci beaucoup pour cet article il est vraiment de très bonne qualité machaAllah. Je vais m’inspirer de ces points pour les communiquer à mon groupe de travail in sha Allah, qu’Allah vous en récompense !

  10. Sow dit :

    Assalam-aleykum
    merci pour cet article,
    à travers ces point je m’engage à me reformer inchaAllah…
    une fois encors merci,barakallahou oufik.

  11. Ummi rahma dit :

    Assalamou aaleykum Wa rahmatou llah Wa barakatouh,
    Je cherchais ce qui me ronger et je me retrouve totalement en lisant cette article, subhana llah.
    Barakallah fikoum,que Dieu vous récompense pour l’aide que vous apporter à la ummat.
    Qu’allah nous préserve de la paresse, amine.

  12. Claude dit :

    Merci Abou pour votre article intéressant que j’ai bien aimé. J’aimerais ajouter quelque chose à ce sujet. La paresse est visible dans ce que l’on voit des gens, mais si vous observez bien, vous verrez que la paresse est simplement un manque de motivation à faire quelque chose. Observez-vous aussi afin de constater que ce que vous n’avez pas envie de faire est perçu comme de la paresse chez ceux qui vous observent !

    Cette motivation a sa source dans la liberté de choisir et sans la liberté de choisir, vous ne pouvez pas être motivé de faire quelque chose, car vous devez accomplir la volonté des autres. Lorsque nous avons été conditionnés à se faire donner des ordres, à obéir, alors inconsciemment, nous avons pris l’habitude d’attendre et notre esprit ne démontre aucune activité pour imaginer autre chose.

    La paresse n’est-elle pas une question d’inactivité physique, mais bien d’inactivité spirituelle ?

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