Article invité : Les Fondements du leader


par Humairah Irfan

La base d’un leader réside dans la confiance de ses partisans. La confiance nous touche 24/24h, 7/7j, 365 jours par an. Elle sous-tend et affecte la qualité de chaque effort que nous entreprenons. Contrairement à ce que la plupart des gens croient, la confiance n’est pas une qualité douce et illusoire que l’on a ou pas, mais elle est plutôt une vérité pragmatique, tangible, un atout actionnable que l’on peut développer. Dans cet article, je tracerai certains aspects de la vie d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée), étant donné qu’il a illustré cet aspect de loyauté dans son caractère.

Le discours d’investiture d’Abou Bakr est remarquable. Beaucoup sont tout de suite devenus ses partisans. Beaucoup de groupes souhaitaient que le prochain dirigeant soit des leurs. Imaginez la responsabilité de cet homme : il devait diriger et unifier la Oummah (communauté) toute entière et fut le premier à avoir cette tâche. Et s’il n’arrivait pas à suivre les pas du Prophète (paix sur lui) il perdrait la confiance de son peuple en un instant. A cette époque, la confiance était très instable étant donné que l’islam était une nouvelle religion. Étudions les parties principales de son discours :

« Ô gens ! J’ai été élu comme chef sans être le meilleur parmi vous. Si vous trouvez que j’agis avec justesse, assistez-moi et si vous trouvez que je m’abuse, corrigez-moi. La vérité est l’honnêteté, le mensonge est la malhonnêteté. Le faible parmi vous est fort à mes yeux, jusqu’à ce que -par la Volonté dAllah, j’obtienne pour lui son droit ; et le fort parmi vous est faible à mes yeux, jusqu’à ce que -par la Volonté d’Allah, je lui arrache ce qui n’est pas son droit. Obéissez-moi, tant que j’obéis à Allah, et à Son Messager. Si je désobéis à Allah et à Son Messager, vous ne me devez aucune obéissance. Levez-vous pour la prière ; que Dieu vous fasse miséricorde ! »

Il va sans dire que nous traversons aujourd’hui une période de crise des dirigeants dans la Oummah. L’action sans principe et sans scrupule est devenue la règle. Nous ne faisons plus confiance en nos dirigeants, et les raisons sont évidentes. Comment nous assurer de devenir des dirigeants dignes de confiance ?

Stephen Covey définit les 4 noyaux de la crédibilité dans son livre intitulé « Le pouvoir de la confiance », qui vous rendent crédibles, à la fois à vos yeux et à ceux des autres. Tous les quatre sont nécessaires pour atteindre la confiance en soi.

1. L’Intégrité

L’intégrité comprend l’honnêteté mais elle est plus que ça. C’est avoir le courage d’agir en concordance avec ses valeurs et ses croyances. Un musulman devrait être honnête au point de ne jamais répéter ce qu’il entend ou lit avant de le vérifier, à cause du hadith :

« Il suffit à quelqu’un de répéter tout ce qu’il entend pour être un menteur. » (Mouslim)

2. L’Intention

Le hadith bien connu « les actions ne valent que par les intentions » (Boukhari) résume tout. L’intention traduit nos motivations, nos programmes et notre comportement en résulte. L’intégrité et l’intention sont toutes deux une question de caractère.

3. Capacités

Ce sont les facultés que nous possédons qui inspirent la confiance : nos talents, attitudes, compétences, savoirs et notre style. Elles sont les moyens que nous employons pour produire un résultat. Les capacités jouent également sur notre faculté d’établir, croître, étendre et restaurer la confiance. Allah (soubhanahou wa ta’ala) dit dans le Coran,

« Puissiez-vous former une communauté qui prêche le bien, ordonne ce qui est convenable et interdise ce qui est répréhensible. Ce sont ceux qui agissent ainsi qui seront les bienheureux ! »  (Coran, Chapitre 3, Verset 104).

Nos facultés impliquent aussi le fait d’être capable de répandre le bien dans ce monde, et d’empêcher la corruption à notre portée.

4. Les résultats

Tout projet magnifique et important qui n’est pas entamé avec la louange d’Allah n’aboutira pas (Abu Daoud). Commencer par le nom de d’Allah nous rend soucieux de nos résultats. Ce noyau se réfère à notre expérience, notre performance et au fait d’entreprendre les bonnes choses. Les facultés et les résultats sont une question de compétence.

Le discours d’Abou Bakr (qu’Allah soit Satisfait de lui) contient bon nombre de leçons pour les dirigeants musulmans et laïcs. Nous étudierons les trois premières :

Si je fais le bien, assistez-moi

L’une des faveurs qu’Allah (Soubhanahou Wa Ta’ala) accorde à quiconque possède une position d’autorité est un entourage sain. Et l’une des façons dont Allah punit un serviteur (dirigeant) est de lui donner un entourage malsain (des personnes mesquines, mauvaises). Abou Bakr (qu’Allah soit satisfait de lui) dit à son peuple et à ceux qui sont au loin, d’agir en bien pour lui : « aidez-moi », à être l’entourage qui fait le bien et non l’entourage qui rend les choses difficiles à son dirigeant. Il personnifie d’autre part le hadith « cette religion est sincérité » (Mouslim). Il demandait aux gens d’être sincères avec lui. La sincérité crée une ouverture pour qu’il n’y ait ni appréhension ni hésitation, de la part du dirigeant envers sa communauté et inversement. Grâce à son traitement tout en douceur envers les croyants, il instaura une atmosphère de compassion, de pardon et de miséricorde. Demandez pardon à vos partisans et discutez avec eux.

Ceci est également une invitation d’Abou Bakr à éviter deux extrêmes :

  1. Les personnalités dépendantes et faibles : celles qui sont incapables d’apporter une contribution à la Oummah ; et
  2. Les personnalités faisant preuve d’une critique destructive : rien de ce que fait le dirigeant n’est correct ou digne d’un soutien.

Nos communautés musulmanes sont aujourd’hui embourbées d’individus improductifs, pas tout le monde l’est, mais il y en a assez pour handicaper les sociétés. Il nous faut encourager les gens à défendre leur valeur. Le Prophète (paix sur lui) a dit :

« recherche ce qui te profite et ne sois pas incompétent » (Mouslim).

L’honnêteté est une responsabilité

Le savant Raghiboul Isfahan a dit : « L’honnêteté consiste à être cohérent dans vos mots dits et non-dits. La langue n’est rien qu’un morceau du cœur». L’honnêteté serait qu’il n’y a aucune pollution dans votre foi intérieure. Qu’il n’y ait aucun doute dans votre croyance. Qu’elle soit ferme. Et qu’il n’y ait aucun défaut dans vos actions.

Selon l’imam Zaid Shakir, les quatre points suivants nous font dire la vérité :

  1. La Shariah : Allah (Soubhanahou Wa Ta’ala) ne légifère dans la Shariah que ce qui est bon.
  2. L’intellect : Un intellect sain reconnaît la nature de l’esprit.
  3. Une décence humaine minimale : Une décence humaine minimale nous fait porter et accepter la responsabilité de nos actes.
  4. L’amour de la bonne réputation : Une personne ne veut pas que son intégrité soit questionnée.

Ibn Qayyim avance que l’honnêteté se manifeste en 3 choses :

  1. Dans le discours : L’intégrité de la langue est comme l’intégrité d’un épi de maïs.
  2. Dans l’action : La rectitude d’un acte humain dans son traitement des décrets d’Allah et dans son suivi du messager d’Allah. On peut comparer ceci à la rectitude de la tête sur le corps.
  3. Dans notre état interne : C’est la droiture du cœur. Faire de son mieux et lutter vers la Volonté d’Allah (Subhanahu Wa Ta’ala).

Allah dit :

« Les vrais croyants sont ceux qui ont foi en Dieu et en Son Prophète, sans plus jamais connaître de doute, et qui mettent leurs biens et leurs personnes au service de Dieu. Tels sont les croyants sincères. » [Coran, Chapitre 49, Verset 15].

Depuis l’époque d’Adam (paix sur lui), Allah (Subhanahu Wa Ta’ala) a donné à ces personnes un rang particulier, as-Siddiqoun. Et Abou Bakr (qu’Allah soit Satisfait de lui) était réputé pour sa loyauté et sa sincérité.

Défendre le Faible

Abou Bakr (radiAllahou ‘anhou) répondait aux problèmes d’injustice aussi rapidement que possible, ce qui constitue un rappel important pour nous tous. Ceci est une manière spectaculaire de gagner la confiance de son peuple car ils savaient que leurs droits seraient défendus immédiatement. Il insistait sur le fait que cela était la responsabilité de l’état.

Nous nous trouvons souvent dans des situations, notamment dans nos vie personnelles, où personne ne semble avoir le courage de soulever un problème. Dans le livre « Le pouvoir de la confiance », la règle « Confronter la Réalité »’ est le 8ème principe (sur 13) basé sur le comportement qui gouverne les relations de confiance. La plupart des gens ne veulent pas être porteurs de mauvaises nouvelles et veulent éviter les situations de malaise. Dans d’autres cas, ils ne veulent pas perdre la face.
Toutes ces raisons constituent le motif pour lequel on ne veut pas se confronter à la réalité. Quand un leader rejette la responsabilité de traiter les problèmes compliqués ou d’annoncer les mauvaises nouvelles à ses lieutenants, le peuple aura l’impression que son leader n’est pas honnête et qu’il essaie de fuir la discussion à propos de ces sujets délicats, et qu’il laisse le ‘sale travail’ aux autres.

Dans son livre « De la performance à l’excellence », Jim Collins écrit : « En confrontant les faits brutaux, les entreprises performantes-à-excellentes en sortent plus fortes et plus souples, et non plus faibles et plus abattues. »

En confrontant la réalité de manière ouverte, on construit une sorte de relation qui facilite l’interaction ouverte et l’accomplissement rapide. D’autre part, au lieu de devoir se débattre avec des problèmes difficiles seul tout en essayant de peindre une image idyllique aux autres, on peut ainsi stimuler la créativité, la capacité et la synergie de son entourage pour régler ces problèmes. Les idées fusent librement.
L’innovation et la collaboration s’implantent. Les solutions apparaissent plus rapidement et plus solidement, et son mises en application avec la compréhension, l’adhésion et souvent l’excitation des autres impliqués dans le processus de résolution des problèmes.

La confiance n’est pas une mince affaire, comme vous avez pu le lire jusqu’ici. Elle demande une grande quantité de responsabilité personnelle. Chaque fois que nous penserons à la confiance, ou que nous utiliserons ce mot, il faudra se demander si vous possédez les 4 noyaux de la crédibilité en vous, et vous rappeler les leçons du discours d’Abou Bakr (radiAllahou ‘anhou).

A propos de l’auteur :

Cet article a été rédigé par Humairah Irfan et publié dans le THE MUSLIM VOICE – University of Toronto (St. George)

 

 

One Response to Article invité : Les Fondements du leader

  1. Ibrahim dit :

    As salamu Aleykoum , c’est un article très inspirant . Je dirais que vivre selon mes principes et rester intègre vis-à-vis de son éthique est une base pour tous leader. En effet, quel que soit le contenu du discours, il apparaîtra honnête, crédible, convaincant, fédérateur et se traduira par les actes de son auteur. Abu bakr (radiyallah anhu ) l’a démontré.

    Pour info il manque un « t » dans le « son » de l’avant dernier paragraphe

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *